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Nous sommes bien arrivés et avons déjà traversé le Bénin et le Togo en deux semaines. Ce soir, nous embarquons pour Madagascar.

C’est avec l’Ordre de Malte que nous commençons l’aventure, et deux hôpitaux bien différents l’un de l’autre. Djougou, Nord Ouest du Bénin, et Elavagnon, au cœur du Togo, nous ont sorti de la brume de notre capitale….pour nous faire connaître une étrange notion…Le matin. Ici tout se passe dès 6 heures : c’est l’heure où les couleurs sont les plus belles, c’est le moment où les femmes sont déjà allés chercher l’eau et préparent la bouillie, où les gens travaillent, prennent leurs décisions, donnent des rendez vous, bref, vivent. Intensément. Nous, les matinales…Ce n’était pas du tout l’intensité au départ.. Mais au fur et à mesure nous nous sommes habitués au rythme africain, au rythme campagnard en fait : l’essentiel de nos journées se contient dans une poignée d’heure : 6-11h du matin..

En finissant le montage de nos deux premiers reportages, nous revivons une deuxième fois notre aventure là bas. A Djougou, ville musulmane et paisible, nous étions logés au sein de l’hôpital, juste à côté de la maternité. Un soir nous avons vu débouler un taxi dans l’allée, garé à toute vitesse devant la maison…De cette voiture, six personnes sont sorties, tenant dans les bras une femme sur le point de mettre au monde. Après dix minutes d’attente impatientes de deux femmes, sûrement les deux co-épouses, qui trépignaient devant le bloc, un cri d’enfant a percé le silence. «  Montre lui ses testicules ! » Les deux femmes ont éclaté de joie : chaloupes et tapes du pied.

C’était à peu près ça notre quotidien dans notre petit studio : des cris nocturnes, des cris sauvages, des cris de vie. Ici les gens vivent quotidiennement entourés d’enfants. Amadou, un cuisinier de l’hôpital, est un des neveux du Roi de Djougou (qu’on a interviewé au passage). A la mort de son frère, il a hérite et de ses femmes, et de ses enfants. Aujourd’hui, il vit avec une vingtaine d’enfants…et pas une ride lui barre le visage.

La curiosité de Vincent et les lois du reportage nous ont amené au chevet d’une femme sur le point de subir une césarienne. Revêtus de notre bel habit de papier et de notre chapeau pointu, nous (enfin Vincent parce que moi…La peur du sang…) avons suivi toutes les étapes de l’opération jusqu’à la sortie du petit garçon des entrailles de la mère. Impressionnant.

Pour aller à Elavagnon, nous sommes passés de la ville à la brousse, et des muezzin aux cloches de l’église. « Bienvenue au milieu du milieu de nulle part » : ce sont les mots d’accueil du directeur. Et en effet, c’était plutôt…Tranquille comme ambiance. Pas d’électricité. La latérite, la latérite, la latérite, cette poussière rouge qui s’infiltre partout, les chauves souris, les serpents, les cris curieux des oiseaux nocturnes : la Nature.

L’hôpital est rudimentaire « c’est un hôpital de brousse, même si nos yeux occidentaux peuvent être choqués, ils reçoivent des soins qu’ils n’ont pas ailleurs ». A méditer. Les principaux cas médicaux sont les morsures de serpent, la typhoïde, et le palu : trois pathologies liées au travail rural, au manque d’hygiène des familles et à la chaleur. Le laboratoire a gardé les deux plus beaux spécimens de serpents, notamment le plus dangereux, un tout petit de 10 centimètres grisâtre, qu’on pourrait presque prendre pour un lombric…tueur d’enfants. Un autre de 2m26 est tout enroulé dans son formol. Charmant.

Dans ceux deux environnements bien différents, nous avons gardé nos repères français. La bière, le punch, le whisky et le vin (et même un bout de comté dix mois d’affinage) ne nous sont pas encore étrangers…Les quatre jours passés à Lomé pour monter nos reportages nous ont même permis de découvrir les charmes et les contraintes de l’expatriation. Nous méditons…

Merci à tous ceux qui nous ont si bien accueillis dans ce début d’aventure : Jean-Pierre et Mary, Pascal, Donatien et Agnes et leurs enfants…Et merci à Pierre pour le don de son portable. Cap sur Mada !


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