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On ne fait pas cinq jours sans déplier nos 16kg de fringues pour deux, nos 12kg de matériel, notre pied et nos deux kilos de livres et de papiers. Il y a un peu moins d’une semaine, depuis Bangkok, nous sommes partis dans les montagnes au nord de la Thaïlande, proche de la frontière birmane pour aller à la rencontre des Karen et de « Terres Karen », une association montée par une petite dizaine d’anciens volontaires des Missions Étrangères de Paris (www.bacasso.fr) pour préserver un savoir-faire tisserand et créer une économie dans les villages Karen.

Nous nous sommes particulièrement arrêtés à Mae Woei Clo, petit village montagnard préservé de tout. « Et au milieu coule une rivière » où les enfants jouent à côté des femmes qui se lavent  habillées d’un tube de tissu, et qui font leur lessive. Alors que nous faisons de même, éclaboussés par les sauts et torsions des enfants, nous entendons un bruit sourd lointain…Et un cliquetis de chaînes. Un énorme éléphant passe à deux pas de nous, jetant nonchalamment sa trompe dans l’eau pour s’asperger..Il est conduit par un des chefs du village. Vie de Rêve hein.

Dans l’eau, les poissons sont énormes : les villageois n’ont pas le droit de les pêcher pour préserver l’espèce. Et ils obéissent.

Pour pêcher, ils vont un peu plus loin, à vingt minutes de marche, où les poissons sont nettement plus petits. Le long de la rivière, plusieurs mécanismes savants de petits moulins artisanaux pilent le riz pour économiser l’énergie manuelle…

Nous sommes arrivés au plus fort de la saison sèche : les terres ont été brûlées, les hommes refont leur toit en feuilles de bananiers ou en profitent pour refaire leur maison en attendant la mousson (en bambous/bois/dur, cela dépend de leur « niveau social »). Les femmes ou les hommes partent à la rizière planter maïs, pommes de terre, cueillent des feuilles pour leur repas et pêchent au filet et au harpon. En fait la plupart n’ont pas de revenus (salaires) et vivent de leur chasses.

 J’ai participé à une partie de pêche de 5 heures un après midi. Je n’ai pas vu le temps passer, même si concrètement, je ne faisais RIEN. Nous remontions la rivière avec Jennymo, armés de masques , harpons, filet, couteau, à la recherche de petits poissons, crabes, coquillages, crevettes. Voilà le processus : Jennymo repère les poissons les pieds dans la rivière, lance le filet bordé de petits plombs et se place à quatre pattes le nez dans l’eau pour repérer la poiscaille. Moi….Je lui tends le harpon…Récupère le harpon quand elle a fini…Récupère les poissons qu’elle me tend (si je suis habile)…Bref je suis là, avec elle, dans la rivière, je m’imprègne des lieux et du temps : c’est un moment fabuleux (même si je suis parfaitement inutile vous l’aurez compris).

 Ici hommes et femmes mâchent du bethel. C’est surprenant au début : dans les maisons, il y a toujours un petit trou dans le plancher pour cracher son liquide rougeâtre. On a essayé. Mais nous…On a tout craché rapidement.

Le soir, on se réunit chez les uns chez les autres, sans peur de déranger. On s’assoit en cercle et on boit. Whisky Karen et bière. La tradition c’est de finir ce qu’on a commencé, mais on peut se faire aider par un autre en lui tendant gentiment son verre. Claire, qui est la volontaire envoyée dans ce village pour mettre en place un atelier de couture et gérer une coopérative de tissus, nous traduit les conversations…Mais comme c’est laborieux, on préfère chanter et danser. C’est comme ça qu’on s’est retrouvés à faire la danse des canards Karen en imitant la poule autour d’une chaise…Ou qu’on s’est retrouvés à jouer à « dans ma maison sous-terre » avec des trentenaires. DROLE.

 C’est donc une vie proche de la nature, proche des gens, et à la découverte du tissage que nous coulons ces cinq journées… On a même planté du maïs dans la rizière de Jennymo…En espérant que la culture soit fructueuse..

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