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Nous n’avons passé que trois semaines au Laos. Trois semaines dans ce petit pays enclavé. Trois malheureuses petites semaines dans cette perle touristique que nous avons réussi à ne pas visiter. Pour différentes raisons (visas, problèmes de matériels, transports) nous serons donc peut être les premiers « touristes » à traverser le Laos sans même nous rendre à Luang Pra Bang – ville classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, etc etc, je vous passe les détails car c’est encore douloureux. Mais, chose plus étonnante encore, nous avons passé plus des deux tiers de notre temps dans des séminaires, ce qui pour un pays communiste avec moins de 0,5% de catholiques,tient du miracle. (Je ne vous encourage donc pas à partir faire du « tourisme » avec les missions étrangères de Paris . ) Ainsi du Laos, nous avons particulièrement découvert son Eglise.

            Cette « baby church » de 125 ans, ne compte que 18 prêtres à l’heure actuelle. Le petit nombre de chrétiens en Asie du Sud Est s’explique en grande partie par de grandes difficultés à évangéliser les populations. En effet, les peuples asiatiques sont par nature religieux et lorsque les premiers missionnaires arrivent, ils se retrouvent face à une population qui a déjà une « croyance»- la plupart du temps le bouddhisme-. Les détourner de cette philosophie en leur parlant de la vie et de la bonne parole de Jésus reste une tâche difficile.

            En 1975, les communistes Laotiens, aidés par leur grand frère vietnamien prennent le pouvoir et expulsent tous les missionnaires encore présents. Avec l’arrivée du communisme commence une période de répressions à l’encontre de toutes les religions. Cette répression qui est moins visible aujourd’hui, a conduit bon nombre de prêtres en prison et à découragé nombre de personnes à se convertir. Cependant ce qui fut une difficulté pour les missionnaires le fut aussi pour le communisme. « L’homme asiatique est croyant par nature, et le communisme n’y changera rien, on ne peut retirer la croyance du cœur des asiatiques »  analyse un des évêques rencontrés. Les plus grands dignitaires du parti sont majoritairement bouddhistes et le religieux,malgré le discours officiel, garde une place très importante ici.

            La répression au Laos, existe toujours belle et bien mais a pris désormais d’autres formes plus sournoises : interdiction de se rassembler, pas d’évolutions pour les fonctionnaires chrétiens, pas de statuts pour les séminaristes qui n’existent donc qu’en tant que simple étudiants… Le développement du tourisme et l’ouverture au monde extérieur ont obligé le gouvernement à masquer cette répression et à la déguiser. Ainsi trouve t on sur les cartes de tourisme de Ventiane, l’église catholique comme un lieu à visiter quand dans le même temps une communauté chrétienne qui s’est rassemblée écope d’une amende à moins de 100 km des chemins touristiques. En réalité cette répression dépend des relations personnelles entre l’évêque et les autorités locales. « Nous devons en permanence entretenir un lien, une relation, tout cela repose sur l’intelligence » nous confirme l’évêque de Pakse. La réalité n’est donc pas la même suivant les diocèses, chose que nous avons pu constater nous mêmes. Pour l’instant l’Eglise cherche à conforter et à consolider ce qui existe en insistant particulièrement sur la formation des prêtres et des catéchistes. Elle conforte sa présence dans les villages déjà chrétiens. L’église reste prudente et chemine petit à petit, grandissant doucement.

 

Un paradoxe est relativement amusant… Les communistes Laotiens ont été portés au pouvoir par les communistes vietnamiens qui les ont aidés dans la répression des minorités ethniques et religieuses et aujourd’hui c’est l’Eglise vietnamienne qui vient en aide aux Laos. De nombreuses communautés religieuses, séminaristes et prêtres vietnamiens sont présents au Laos. Ironie de l’histoire ?

La roue tourne.

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