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Saïgon, le 15 juin 2012

  Nous sommes entrés sur le territoire vietnamien avec un visa touriste « plus » amélioré pour les besoins de la mission officielle de l’Ordre de Malte. Une fois celle ci finie, nous sommes partis en mission pour les MEP – société de prêtres missionnaires interdite au Vietnam – nous redevenions donc simples touristes.

  Le 12 juin, nous nous sommes présentés à l’orphelinat central de Saigon, en tant qu’amis de volontaires officiant dans les lieux avec la ferme intention de filmer pour montrer un beau projet en France. Après avoir obtenu l’autorisation de la chef de service, nous nous sommes vus interdit de filmer pour des raisons inconnues!

  Afin de comprendre les atermoiements du personnel, il nous faut replacer l’orphelinat dans son contexte. Nous sommes dans un pays communiste, ce qui implique une liberté totale pour l’ensemble des citoyens, à l’exception près que cette liberté est contrôlée par l’Etat, pour le bien de chacun bien entendu. (Ceci est vrai dans toutes les structures dépendant des domaines régaliens, santé, administration, défense, … ) L’orphelinat que nous voulions filmer est un orphelinat catholique, le plus gros de Saigon. Il était géré jusqu’à l’année dernière par des sœurs qui se sont vues retirées la responsabilité de l’établissement au profit du gouvernement. Un homme du parti a été nommé directeur et certaines sœurs ont toutefois eu l’autorisation de rester auprès des enfants. Cependant, on ne les appelle plus « ma sœur » mais « madame », elle sont membres du personnel au même titre que les autres. L’Etat a fait de cet orphelinat une véritable vitrine.

   Nous repartons donc dépités quand un volontaireMichel – nous appelle et nous dit qu’il a obtenu l’autorisation. Cependant, nous devenons du même coup des étudiants athées de la Sorbonne, membres de l’association « Sorbonne Caritas Vietnam », nous venons ici pour sélectionner des projets au profit des enfants du Vietnam et suite à un vote à Paris un de ces projets recevra une aide financière.

  Nous répétons nos rôles et nous nous retrouvons devant la seule sœur du conseil d’administration qui écoute nos mensonges avec bonté en faisant mine de les croire (je pense qu’elle ne nous a cru sur aucun point) et nous autorise à filmer.

   Elle nous accompagne donc de services en services, et ce que nous voyons est édifiant. Toutes sortes de handicaps allant de la trisomie au syndrome des « enfants à grosse tête». C’est sans doute cette malformation qui nous a le plus touchée. Imaginez un enfant de 4 ans, avec un corps malingre, mais ayant une tête faisant 4 ou 5 fois la tête d’un adulte. Ces enfants sont extrêmement fragiles, font très peu de mouvements et sont malheureusement condamnés. Ce syndrome est à priori du à ce que l’on appelle « l’agent orange » – défoliant dont les Américains ont arrosés le pays afin de détruire toute végétation pendant la guerre du Vietnam. (La dioxine que contient ce défoliant est responsable de nombreux cas de cancers et de malformations à la naissance).

  Une petite fille de cinq ans, à l’inverse, avait une tête pas plus grosse qu’un pamplemousse. Elle est la coqueluche du service, une véritable petite bouille d’ange si attachante…

   Nous filmons ce que nous pouvons sans pour autant tomber dans le misérabilisme car les enfants semblent heureux et le personnel, plein de tendresse et d’amour pour eux. C’est d’ailleurs ce qui nous marque le plus : les pires handicaps se côtoient, sereinement. La sœur ou plutôt la Madame qui nous accompagne est cependant de moins en moins à l’aise et nous presse un peu, car le personnel nous remarque et s’interroge.. Nous ne pourrons malheureusement donc rien tirer de ces images, ce que nous regrettons au plus haut point.

  A Hué, autre ville du Vietnam beaucoup plus au Nord, le même cas s’est produit, un orphelinat entièrement catholique nous a refusé l’autorisation après nous l’avoir donné. Pourquoi ? Peur de la police ? Sans doute..

  Le Vietnam reste le pays où nous avons vu le plus grand nombre de handicaps, et les plus belles structures pour les accueillir. Les enfants y sont stimulés en permanence par un personnel (souvent des religieuses) qui parfois paraît rude : les enfants dorment par terre sur des lattes en bois, certains enfants sont attachés, les repas ressemblent à du gavage organisé. Différences culturelles, financières…Cependant de toutes les discussions que nous avons pu avoir avec des kinésithérapeutes ou ergothérapeutes français, les enfants y sont sans doute mieux qu’en France, car on ne les laisse pas dans des fauteuils – sous prétexte de dignité – non, ils sont souvent par terre a jouer comme ils le peuvent, naturellement, ce qui semble être plus stimulant pour eux.

   Notre mission « orphelinat au Vietnam » sera donc un échec car nous ne pourrons pas vous montrer en images toutes ces belles choses, transparence et communisme…

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